
Macklem prévient que les nouveaux tarifs pourraient couper la croissance de moitié
À Halifax, le gouverneur de la Banque du Canada a dit que la croissance pourrait passer sous 1 % au quatrième trimestre, alors qu'un pétrole près de 100 $ US ferait grimper l'inflation.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a décrit lundi une économie tiraillée entre deux forces contraires : la nouvelle escalade commerciale avec les États-Unis menace la croissance, tandis que la guerre au Moyen-Orient maintient les prix de l'essence et l'inflation à un niveau élevé. Devant le Halifax Partnership, il a affirmé que si les derniers tarifs américains restent en place, la croissance pourrait être réduite environ de moitié au quatrième trimestre, sous la barre de 1 %.
Il a aussi prévenu que si le baril reste près de 100 $ US, la Banque s'attend à ce que l'inflation monte légèrement au cours des prochains mois. Le taux directeur est de 2,25 %, niveau auquel le Conseil de direction l'a maintenu le 2 septembre.
Les chiffres clés du discours
- Les produits visés par les nouveaux tarifs représentent environ 5 % des exportations canadiennes de biens vers les États-Unis
- Les exportations hors énergie ont bondi de 14,5 % au deuxième trimestre, leur plus haut niveau depuis le début de 2025
- L'investissement des entreprises a progressé à un rythme annualisé de 8,8 % au deuxième trimestre
- L'inflation mesurée par l'IPC tourne autour de 3 % depuis quelques mois, surtout à cause du carburant
- En temps normal, chaque hausse de 10 % du pétrole ajoute environ 0,2 % à l'IPC; mais avec les raffineries endommagées, les prix récents de l'essence correspondent à un baril près de 40 $ US plus cher que son niveau réel
L'adaptation, puis un nouveau choc
Une bonne partie du discours portait sur la façon dont les entreprises s'étaient adaptées au conflit commercial amorcé en 2025 : moins d'exposition aux tarifs, chaînes d'approvisionnement revues, nouveaux clients hors des États-Unis. Selon M. Macklem, l'économie abordait l'été en meilleure posture. Plus des deux tiers des exportateurs disent vouloir percer de nouveaux marchés d'ici deux ans.
La rupture des négociations et les nouveaux tarifs risquent toutefois de renvoyer certaines entreprises à l'étape de la réévaluation, ce qui retarderait investissements et embauches. L'effet direct sur l'ensemble de l'économie devrait rester limité et être atténué en partie par les programmes fédéraux, mais c'est l'imprévisibilité qui pose le plus problème.
Pourquoi une hausse n'est pas exclue
Jusqu'ici, la Banque a fait abstraction de l'effet direct du pétrole, faute de signes clairs que ces coûts se propagent aux autres biens et services. Mais le risque que l'inflation s'élargisse et s'installe a augmenté, selon le gouverneur. La Banque ne veut pas relever son taux et freiner la croissance si les pressions restent contenues, a-t-il résumé, mais elle ne veut pas non plus réagir trop tard si elles deviennent persistantes.
En conférence de presse, il a ajouté qu'une réaction tardive obligerait probablement à hausser les taux très vite, et davantage. Il a aussi noté que les rendements obligataires ont monté au Canada, tout en restant sous ceux des États-Unis. La Banque utilisera pour la première fois un nouveau modèle de prévision, Prima, dans son Rapport sur la politique monétaire d'octobre.
L'argument inverse
M. Macklem a rappelé que l'économie demeure en situation d'offre excédentaire. Si l'incertitude commerciale affaiblit la croissance pendant plusieurs trimestres, cette marge rendra plus difficile toute hausse de prix, ce qui milite contre un resserrement. Quant aux contre-tarifs canadiens, ils visent surtout des biens non destinés aux consommateurs et remplaçables par des produits d'ici; leur effet sur l'inflation devrait donc rester modeste.
Ce que ça change pour les ménages
Le message est clair : si la Banque bouge, ce sera plus probablement à la hausse. Les taux hypothécaires fixes suivent déjà les rendements obligataires, qui grimpent; les emprunteurs à taux variable sentiraient directement toute hausse par l'entremise du taux préférentiel. Ceux qui renouvellent bientôt ont intérêt à comparer les offres tôt et à vérifier si leur budget résiste à des paiements plus élevés. Il s'agit d'information générale, et non de conseils personnalisés.
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Sources
- Banque du Canada — Navigating uncertainty and adapting to change (discours de Tiff Macklem)
- Canadian Mortgage Trends — Bank of Canada's Macklem flags risk of delaying rate hike too long
- CP24 (La Presse Canadienne) — Macklem says U.S. trade unpredictability could set back recent economic progress
- The Globe and Mail — Uncertainty from U.S. trade policy could halve fourth-quarter growth, Macklem says
Information générale à caractère journalistique, et non un conseil financier personnalisé. Les chiffres reflètent la date de publication.